Après la tragique disparition de de son frère, le Prince Bhumibol Adulyadej devient ainsi le Roi Rama IX, neuvième souverain de la dynastie Chakri

Commémoration du deuxième anniversaire du décès du roi Rama IX

Commémoration du deuxième anniversaire du décès du roi Rama IX
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Le 13 octobre, le royaume commémore le 2ème anniversaire de la disparition de son roi bien aimé

Après la tragique disparition de de son frère, le Prince Bhumibol Adulyadej devient ainsi le Roi Rama IX, neuvième souverain de la dynastie Chakri

Né le 5 décembre 1927 à Cambridge, Massachusetts (USA), décédé le 13 octobre 2016, le Roi Rama IX est le fils de Son Altesse Mahidol Adulyadej, Prince de Songkhla, et de la Princesse Sri Sangwan. Il retourna en Thaïlande lorsqu’il eut un an, en même temps que son frère aîné, le Prince héritier Ananda Mahidol. En 1933, la princesse mère s’établit à Lausanne (Suisse) en compagnie de ses trois enfants, les Princes Ananda et Bhumibol ainsi que leur sœur aînée, la Princesse Kayani Wathana. Très cultivé, le Prince Bhumibol fait déjà preuve d’une grande assiduité dans ses études et acquiert une connaissance approfondie dans divers domaines artistiques, comme la musique et le dessin.

Ce samedi 13 octobre, le peuple thaïlandais se vêtira de jaune

La couleur jaune, c’est celle de la monarchie, mais aussi celle qui permet au peuple thaïlandais de signifier son respect envers l’institution, mais aussi envers leur nouveau roi Rama X. Même si ce n’est pas obligatoire, nous recommandons aux voyageurs d’en faire de même, pour marquer leur compassion avec la population reconnaissante.

L’hommage au défunt roi Rama IX sera d’autant plus solennel que la population attend avec impatience le sacre de l’actuel souverain Rama X qui présidera les cérémonies.

En 2017, la crémation organisée non loin du palais royal et du temple du Bouddha d’Émeraude, avait bouleversé toute la Thailande.  Postérieurement à la crémation, plusieurs dizaines de milliers de visiteurs thaïs, mais aussi étrangers, s’étaient rendu sur le lieu de la crémation. Devant l’impressionnante affluences de personnes venues lui rendre un dernier hommage funèbre, le crématorium avait d rester ouvert plusieurs jours après la cérémonie de crémation.

Le Prince Bhumibol Adulyadej devient le Roi Rama IX

Le Roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej avait été couronné en 1950 sous le nom de Rama IX. La fin de ce règne interminable clôt un chapitre essentiel, dense et tumultueux, de l’histoire de la Thaïlande. L’écrasante majorité des 67 millions d’habitants du royaume n’avait jamais connu que lui. Monarque à l’effigie omniprésente, il était très affaibli et malade depuis des années, il est celui qui a régné le plus longtemps au monde. À cette triste occasion, une période de deuil d’un an a été décrétée.

Même si l’on tient compte de l’histoire saccadée et chaotique d’un pays qui a connu son lot d’épisodes tragiques et de ruptures marquantes, la mort du Roi Rama IX est sans doute l’événement le plus important pour l’ancien royaume de Siam, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pourtant, l’histoire de ce monarque au visage compassé, à l’expression éternellement triste, fut peut-être aussi celle de « l’homme qui ne voulait pas être roi », pour paraphraser le titre du célèbre roman de Kipling : né le 5 décembre 1927 à Cambridge, dans L’État du Massachusetts (États-Unis), parce que son père, le prince Mahidol, poursuit ses études de médecine à Harvard, il accède au trône par hasard quand il doit prendre la succession de son frère Ananda. Ce dernier vient alors d’être tué au palais royal de Bangkok, lors d’un « accident ». Certains avancent que cet épisode aurait contribué à figer pour toujours le visage de ce roi très proche de son aîné en ce masque à l’expression détachée et lointaine.

Symbole de continuité

Auparavant, en 1933, Bhumibol avait suivi sa mère à Lausanne et fait ses études en Suisse, où il se fit remarquer surtout pour ses dons de musicien et de dessinateur. Il gardera toute sa vie une passion pour le jazz, la trompette et la clarinette. Sa période suisse, où le jeune prince s’amuse et sourit encore, sera notamment marquée par un sérieux accident lors d’une virée en voiture de sport sur les bords du lac Léman : le futur roi y perdra un œil. Il restera toute sa vie un parfait francophone : il y a encore une quinzaine d’années, installé sur un fauteuil dans son palais, il regardait tous les jours TV5, ignorant les chaînes de télévision anglo-saxonnes. S’il succède officiellement à son frère dès 1946, un régent assure la continuité du pouvoir royal. Le souverain ne revient en Thaïlande qu’en 1950, date à laquelle il est couronné après avoir épousé la princesse Sirikit Kitiyakorn, rencontrée à Paris, quand le père de cette dernière y était ambassadeur. Tous deux sont des descendants de Chulalongkorn, le grand roi Rama V : Bhumibol en est le petit-fils, Sirikit l’arrière-petite-fille.

Le couple royal eut quatre enfants, trois filles et un garçon:

– La Princesse Ubon Rat Racha Kanya, née le 5 avril 1951.

– Le Prince (héritier) Wachiralongkorn, né le 28 juillet 1952,

– La Princesse Maha Chakri Sirindhorn, née le 2 avril 1955.

– La Princesse Chulaphorn Walay Lak, née le 4 juillet 1957.

Le Roi RAMA IX  jouissait d’une popularité et d’un respect sans pareils. Le successeur de la dynastie Chakri, fondée en 1782, allait surprendre ceux qui, après son couronnement, voyaient seulement en lui un jeune homme timide peu intéressé par le trône : au sortir de la seconde guerre mondiale et de l’occupation japonaise, le jeune roi va graduellement étendre le domaine de son influence. Quand il monte sur le trône, il n’est encore que le souverain d’une monarchie constitutionnelle qui a du mal à se relever de sa perte de pouvoir causée par le premier coup D’État de 1932 : l’événement avait eu pour conséquence l’abolition de la monarchie absolue. Mais le monarque va s’employer graduellement à élargir le périmètre politique normalement dévolu à un roi qui règne mais ne gouverne pas, en intervenant dans l’arène politique, de façon parfois indirecte mais souvent décisive.

L’entourage royal, alors que le souverain n’est encore qu’un adolescent, s’était efforcé de « re sacraliser » l’image du roi de Thaïlande : on réinvente pour lui des rituels et un langage de cour, construisant l’icône rénovée d’un « Deva-Raj » (Roi-Dieu, dans la tradition hindoue) et surtout d’un “monarque généreux régnant selon les principes de la morale bouddhiste”.

Modernité oblige, on ne le dépouille pas pour autant de ses allures d’homme du XXe siècle : il se promène avec un appareil photo autour du cou et souffle toujours dans sa trompette lors des soirées au palais… Il est à la fois plus divinisé que ses prédécesseurs et plus proche du peuple, qu’il ne cesse de rencontrer lors de ses tournées dans le pays. Le Roi Rama IX va devenir un symbole de continuité durant les périodes troublées où se succèdent les coups D’État militaires ; il incarne à lui seul son pays à l’heure où se forge une alliance étroite avec le grand allié américain, sur fond de guerre du Vietnam et d’obsession anticommuniste.

Au terme de plusieurs coups de force, les généraux finiront par refaire allégeance à une monarchie qu’ils avaient essayé de mettre sur la touche, après le coup D’État de 1932. Les militaires ont compris que cette nouvelle alliance est indispensable à la survie d’un système où la « Sainte-Trinité » (palais, armée et clergé bouddhiste) forme les trois piliers d’une architecture de pouvoir de type oligarchique. C’est le général Sarit Thanarat, auteur des putschs de 1957 et 1958, qui va sceller pour de bon la grande réconciliation entre le sabre et la couronne : au pouvoir jusqu’en 1963 et devenu maréchal, il estimera ainsi que, symboliquement, « le pouvoir émane du roi en descendant vers le peuple et non pas du peuple vers le roi ».

Au cours des coups d’état militaires, le roi Rama IX a eu à l’égard des dictatures qui ont dirigé son pays durant des décennies un comportement ambivalent : en 1973 et 1992, il contribue sans conteste à faire chuter deux régimes militaires. L’image des deux protagonistes ennemis, le dictateur et le rebelle, agenouillés comme en pénitence devant le souverain qui les admoneste, restera l’un des temps forts de son règne. Réputé pour être profondément attaché au bien-être de son peuple, le Roi Rama IX lui donnait, pour l’essentiel et en permanence, les signes d’une adoration non feinte. Le roi était sincèrement passionné par le développement rural et multipliait les visites dans les provinces, son éternel appareil photo autour du cou, vêtu d’une vareuse militaire. Sous son règne abondèrent de célèbres « projets royaux » dans les campagnes : pisciculture, fermes expérimentales, irrigation. Il s’employa à convaincre les paysans appartenant aux minorités des collines d’abandonner la culture de l’opium tandis que son épouse, la reine Sirikit, faisait l’article en faveur de l’artisanat « ethnique ».

Le Roi Roi Rama IX Bhumibol Adulyadej, dont les cérémonies du cinquantenaire de règne se sont déroulées avec faste en Thaïlande au cours de l’année 1996, est toujours apparu aux yeux des thaïlandais comme le digne successeur des plus grands monarques de l’histoire de ce pays. Inlassable travailleur, il est à l’origine de tous les grands programmes de développement des régions défavorisées de Thaïlande, notamment dans le secteur de l’agriculture. C’est la raison pour laquelle il jouit de l’admiration et du respect de l’ensemble du peuple thaïlandais, et que son prestige dépasse largement les frontières du pays. Le peuple thaïlandais voue depuis toujours une véritable vénération pour leurs Rois qui jouissent à leurs yeux d’une autorité morale acquise durant leurs règnes.

Souverain constitutionnel, le Roi Rama IX, comme ses prédécesseurs, est le chef de l’État et le protecteur des religions. Depuis des décennies, dans toute le Royaume, les façades des maisons, des bâtiments publics, des bureaux de ce pays bouddhiste à 95%, sont ornés de photographies du Roi en exercice. Les thaïlandais considèrent leur Roi comme un demi Dieu, et comme l’incarnation vivante des préceptes et vertus bouddhistes. En dépit des pouvoirs limités que lui confère la Constitution, l’autorité morale du roi en exercice est telle que peu de décisions fondamentales peuvent être prises sans son assentiment.

Par ailleurs, le Roi Rama IX était un grand amateur de photographie et de jazz. Musicien lui-même, il était aussi considéré comme un excellent joueur de saxophone. À sa demande, une compilation de ses œuvres musicales a été enregistrée sur disque compact pour être distribuée dans les établissements scolaires au profit de la formation artistique des jeunes écoliers thaïlandais. Au cours de son règne, d’ores et déjà le plus long de l’histoire de la royauté thaï, le Roi Rama IX aura connu, avant la célébration de son jubilé, vingt et un Premiers ministres et plus d’une quinzaine de tentatives de coup d’État. Au-delà des difficultés que le Roi a su résoudre en grande partie grâce à ses qualités personnelles, il convient sans doute d’observer combien la monarchie thaïlandaise est garante de la pérennité politique, institutionnelle et religieuse de cette nation.

À l’annonce de la mort du Roi Rama IX, le jeudi 13 octobre 2016, toutes les chaînes de Thaïlande émettent en noir et blanc. Elles y sont invitées pour un mois et la plupart des programmes sont suspendus. Le deuil national est décrété pour un an et le gouvernement demande au secteur du divertissement, dont les bars de nuit si prisés des touristes, de cesser toute activité ce mois-là. Le peuple thaï est ému, inquiet. En plus de 70 ans de règne, le roi Rama IX avait apaisé de nombreuses crises dans le pays. Pour tous, les royalistes comme les autres, il représentait l’unité de la nation.  “Je me sens perdue, je ne sais pas quoi dire, c’est comme si mon cœur avait été transpercé par un couteau”, se lamente alors une grande majorité de thaïlandais.

Lire aussi : Dynastie Chakri, le fabuleux destin des rois de Thaïlande

Source: AFP/LE MONDE – Par Bruno Philip (Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est).

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